);
Monumentag - Cathédrale de Papeete. Seitoung, 2017

Nouvelle Réalité

Manifeste n°17 de « 52 Manifestes pour un art rebelle 100% DIY » de Seitoung

Dans la filiation du Nouveau Réalisme et des habillages monumentaux de Christo et Jeanne-Claude, la Nouvelle Réalité propose un habillage virtuel des monuments que l’on peut associer au recyclage poétique du réel urbain que défendait Pierre Restany, théoricien du Nouveau Réalisme. Œuvrant dans la sphère de la réalité virtuelle, le mouvement Nouvelle Réalité s’appuie sur des applications participatives (StreetView, Google Maps) pour faire exister ses productions et sur les nouveaux outils sociaux (Youtube, Instagram, Twitter, etc.) pour orchestrer leur médiatisation et faire croire à leur réalité. S’appuyant sur le teasing, les hashtags, les timelapse et la citation autoréférencée – arme favorite des fabricants de fake news –, les artistes de la Nouvelle Réalité instrumentalisent avec minutie la mise en scène de leurs œuvres qui se dévoilent au dernier moment au son d’un orchestre médiatique puissant. La Nouvelle Réalité interroge la place de l’art virtuel : fake art ou extension connectée de l’art contemporain ? Il déplace aussi la notion de lieux sacrés de diffusion de l’art contemporain en invitant tout un chacun à tomber par hasard sur une œuvre, sans en avoir conscience. Le happening y fait figure de coup de cymbale.

Projets Nouvelle Réalité en cours :
STREET reVIEW (Antony Squizzato),
ABSTRACTIONS SATELLITALES (Antony Squizzato)

TOY-MUSEUM (Seitoung, « Graffitiporn sur Cy Towbly », Centre Pompidou, 2017 )

MONUMENTAG (Seitoung, Cathédrale de Papeete, 2017)
Mary Wood, «Henry James ressentant le fil du Chan Ma Tao », National Portrait Gallery of London. 1914.

Art brutal

Manifeste n°4 de « 52 Manifestes pour un Art rebelle 100% DIY » par Seitoung

La théorie de l’art brutal est basée sur la philosophie chinoise. Son mode d’action privilégié est le kung-fu exercé sur des œuvres exposées. On distinguera plusieurs types de frappes de mains : le poing simple (associé au Feu); l’« œil du phœnix » (wa lin quan), poing fermé, frappe avec la deuxième phalange de l’index en avant soutenue par le pouce ; la « patte de léopard » (shang zao), paume ouverte, pouce fermé et les deux premières phalanges de la main fermées ; la griffe du Tigre (hu zao), paumes en avant, doigts crispés pour saisir et griffer; la paume (tui zhang – associé à la Terre); le tranchant (xie tui zhang – associé au métal); la pique (associé à l’Eau) ; le poignet (liao yin shao) avec la main repliée (boxe de l’homme ivre). Il est une des formes d’expression de l’art vandale.

Mary Wood, « Henry James ressentant le fil du Chan Ma Tao », National Portrait Gallery of London. 1914.

 

Mary Richardson, « La toilette de Vénus à la feuille de boucher », National Gallery of London, 1914

Détournement de la peinture de Pieter Coeck Van Aelst, l’une des plus célèbres de la peinture flamande du XVIe siècle en mode post-art brut singulier

Plunderart

Manifeste n°3 des « 52 manifestes pour un art rebelle 100% DIY » par Seitoung (2017)

Le plunderart est un mouvement artistique reposant sur le détournement permanent et multiforme des codes et traditions populaires. Transposition plastique de la théorie musicale de John Oswald (plunderphonics), le plunderart chante l’amour du danger, exalte le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas de gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing… Le plunderart déclame la femme qui tient le volant… Il admire sans sourciller la mort au tournant… Il veut glorifier la guerre des petits chefs, – seule hygiène du monde… Le plunderart veut barbouiller les musées, déranger les bibliothèques, combattre l’immoralité de l’art bourgeois. Le plunderart est lâche, opportuniste et utilitariste. Avec le plunderart, les musées seront à ciel ouvert, les œuvres conçues et gravées dans les rues. Le plunderart est pluriel mais ne reconnait qu’une seule signature, celle du leader suprême. Le plunderart est vindicatif, il ne s’exprime que par déclamation péremptoire de slogans abscons. Le plunderart est le joyau central de l’Internationale Seitoungiste.

Variations connues :
Plunderart sloganiste : détournement de préceptes préexistants ré-exprimés en version slogan (voir sloganisme). Exemples : « Abolition du travail alité ! » (Seitoung, 2017), « Réalisation de la pilosité ! » (71monkey, 2017)

Seitoung, « La Cène pop », 2017. 31*31 cm. Posca sur papier. Détournement de la peinture de Pieter Coeck Van Aelst, l’une des plus célèbres de la peinture flamande du XVIe siècle en mode post-art brut singulier

71monkey « Réalisation de la pilosité », poster. Détournement d’un slogan situationniste (Guy Debord).

 

Filiations impérialistes : Internationale situationniste, futurisme, Dada.

Der Blitzkunst

Der blitzkunst

Manifeste pour un art instantané – Der blitzkunst

Manifeste n°1 de « 52 Manifestes pour un Art rebelle 100% DIY » par Seitoung

L’art instantané (Blitzkunst) démarre en même temps qu’une idée germe. Il est réalisé avant même de connaître tous les tenants et aboutissants de cette idée primale. L’art instantané se contente du germe. Il est un geste brusque usant des médiums présents sur le moment. L’art instantané tient du polaroïd. L’art instantané écarte la réflexion et la correction. L’art instantané n’est pas technique, il est énergie pure. L’art instantané est explosif. L’art instantané est comme du café soluble : le résultat est immédiat, le goût infect, mais on n’y revient toujours. L’art instantané capture l’idée du moment et fige l’expérience du temps présent. L’art instantané se projette dans un futur immédiat. L’art instantané est éphémère, il procure un moment de jouissance bref, puis devient triste. L’art instantané est le génie de la lampe qui sort avant la formule magique. L’art instantané est une éjaculation précoce. Pratiqué dans l’espace public, l’art instantané est illégal.

Plusieurs techniques permettent de produire des œuvres instantanées dont les explosifs (Vhils, Cai Guo-Qiang) qui constituent le medium le plus radical. L’outil ultime de production reste toutefois l’accélérateur à particules qui permet de produire des œuvres supraconductives d’obédience futuriste. Les limites de l’art instantané reposent essentiellement dans l’éventualité d’un work in progress permanent, l’artiste n’arrivant plus à sédentariser son œuvre ailleurs que dans une fuite en avant perpétuelle.

Variations et dérivés : Art prompt, art ferroviaire, art explosif.

Payscament

Payscaments

Manifeste n°2 de « 52 Manifestes pour un Art rebelle 100% DIY » par Seitoung

« Peur de l’avion, peur de voyager, peur de l’inconnu ? Ne vous privez plus des bienfaits des paysages exotiques ! Les payscaments du Docteur Seitoung sont la solution à tous vos maux ! Ingérez des paysages sans quitter votre fauteuil ! Dépassez la froideur des voyages numériques : mangez les paysages lointains ! Infusez-les ! Le Docteur Seitoung ne travaille jamais sans résultat. Garanti 100%. Grand voyageur, médium tellurique, marabout celte, voyant aux dons extraordinaires. Résultat dans les 3 jours. Résout tous les problèmes liés aux voyages. Rend heureux : sourire garanti dans la semaine suivant la prise. Vous souriez, là ? Voyez donc le pouvoir de mes mots. Imaginez celui de mes onctions et autres payscaments. Avec les payscaments du Docteur Seitoung, luttez efficacement contre le mal du paysage ! »
Seitoung, 2017

Les PAYSCAMENTS sont des représentations paysagères conceptuelles renouvelant la perception et l’appropriation des paysages du quotidien. Inventée par Seitoung, la démarche payscamenteuse est une psychogéographie du paysage : de nature participative, elle invite chacun à prélever ce qui est important pour soi dans le paysage vécu au quotidien. Il conviendra d’établir si le paysage-souvenir encapsulé est archétypal ou non, si la manipulation de la gélule payscamenteuse procure les mêmes plaisirs subjectifs que la contemplation de la photographie-souvenir. La démarche payscamenteuse est une poésie qui s’avale et qui rappelle que dans le monde du 21e siècle, le paysage est un produit de surconsommation courante comme un autre…

Art conceptuel et minimaliste, le payscament s’exprime sous diverses formes : toiles blanches ornées de gélules, artzines photographiques et divers produits de consommation courante (sachets à infuser, sachets de graines, etc.). Quoi de mieux en effet que des supports banals, objets du quotidien pour symboliser le paysage de tous les jours ? Ses œuvres seront bientôt remboursées par la Sécurité sociale.

Futuristes, les payscaments participent du nivellement et de la destruction du paysage traditionnel, inventé par les artistes du passé. Ces payscaments, encapsulés, témoignent de la place que nous réservons aux Sociétés qui tentent de préserver le paysage. Encapsuler le paysage, c’est se l’approprier.

« Il se forme, en la plupart des gens qui regardent un paysage, une capsule. Cette capsule est le médium entre le paysage et le contemplateur. »
Henri Michaux, Au pays de la magie, 1941.

Dé-pensant le holisme aristotélicien, les payscaments questionnent l’irréductibilité des paysages : à quoi tient le paysage ? Au point de vue panoramique ? A l’agencement des ingrédients paysagers ? A un détail ? Aux odeurs ? Aux couleurs ? A la température ambiante ? Ces sensations paysagères peuvent-elles être capturées et encapsulées ? Le caractère essentiel du paysage n’est pas dans le regard porté sur le pays, mais dans l’assemblage d’éléments disjoints et informes que le regard, c’est-à-dire en fait l’esprit, réunit dans un ensemble signifiant à partir de présupposés culturels et linguistiques (Françoise Chenet-Maugeras). Le payscament est une forme de décomposition-recomposition du paysage qui peut être assimilée à une appropriation, symbolique tout d’abord, d’un espace institué en paysage. Mais, contrairement à l’appropriation de la bourgeoisie esthétisante de la charnière XVIII-XIXe siècles qui sacralise certains sites et paysages, conduisant à une protection d’un soi-disant « beau » paysage, propret et ordonné, hygiénique et salubre, et à la dissolution progressive de l’archéopaysage dans la matrice idéale-typique des nantis, le payscament est à la portée de tous – refusant le diktat euclidien d’arrangement géométrique du paysage, saluant au contraire la destruction insidieuse du paysage par usure du temps et action de la râpe, de la lime, du marteau, de l’affûteuse, de l’aiguisoir, du carreau, du carrelet, de la carrelette, de la demi-ronde, de l’écoine, de la fraise, de la limette, de la queue-de-rat, du riflard, du rifloir, du taille-crayon, du tiers-point, de la muleta, des banderilles, de l’encorneur de paysage.

Poussière tu étais, poussière tu redeviens. Libre poussière, achève ta destinée dans une capsule bovine.

 

2016F3501 (Cancale, 2016), 100 x 100 cm.

2016F3501 – Vaporisateur

Payscament 2016F3501
L’œuvre est une représentation abstraite du paysage des parcs conchylicoles basée sur le concept de contraction paysagère que je développe dans mes recherches artistiques. La toile est couverte d’un ensemble de 364 gélules en gélatine dure (semblables aux capsules médicamenteuses) réparties selon une grille de 20*20, soit une gélule tous les 5 cm. Chaque gélule, transparente, est remplie d’un échantillon du paysage présent réellement dans l’espace délimité par l’image. Les échantillons, de vase, de coquillage, de moule, d’huitres, de bouchots ou de matières plastiques ont été préalablement séché et réduit en poudre à l’aide d’un mortier. Les gélules sont collées sur la toile. L’absence de gélule évoque la dimension invisible des paysages, celle que l’œil ne perçoit pas, tout comme celle que le scientifique ne saisit pas. L’œuvre est volontairement minimaliste et basée sur la transparence (des gélules). Cela fait écho au littoral, espace nu, lieu minimaliste, imberbe et lisse où la transparence des eaux change en permanence. Le vide – représenté ici par le blanc de soutien de la toile – invite à la réflexion sur les liens qu’entretiennent les différents éléments constitutifs du paysage, que les gélules discrétisent. Le paysage est littéralement encapsulé et réduit à ses éléments constitutifs, mais la dégradation des gélules au fur et à mesure de la dispersion de l’eau de mer permet la libération des poudres élémentaires qui pourront alors se mélanger de nouveau comme dans la réalité du paysage littoral de Cancale. Durant l’exposition Conchyli-Culture 2016, il est proposé aux visiteurs d’arroser avec un vaporisateur la toile. Mais seulement deux fois par jour au moment de la marée haute. Ce geste simule la montée semi-diurne des eaux. Conséquence de cette aspersion, les gélules se dégraderont et leur contenu se répandra sur la toile. L’œuvre évoluera donc avec le temps de l’exposition ; les poussières qui se répandront sur la toile induiront une recomposition incessante de la toile, à l’instar du paysage naturel de la Baie de Cancale. Le public est directement impliqué dans la réalisation de l’œuvre puisque l’intervention des spectateurs-acteurs participe à l’altération de l’œuvre. L’altération et le bruit sont au cœur de ma démarche artistique qui refuse un art contraint et figé et, à l’instar du mouvement Fluxus, prône un art participatif d’obédience do-it-yourself. Ne regardez pas seulement le paysage, soyez le paysage !

Composition de la toile : Tangue : 59% Huîtres plates : 13.5% Coques : 6% Crépidules : 6% Palourdes : 4% Pieux en chêne : 2% Déchets plastiques : 0,5% Invisible : 9%